10 FEMMES LEADERS AFGHANES

QUEL AVENIR POUR LES FEMMES EN AFGHANISTAN ?

14 DECEMBRE 2021

Présentation : Inès RABHI

Interview : Lou GOUGNOT et Cassandre RONCIN

Contexte et situation des femmes en Afghanistan

Les efforts de la communauté internationale qui, depuis vingt ans, paraissaient pérennes sont désormais anéantis. Ils se sont évaporés le 15 août 2021 avec le départ précipité des Américains entre autres, l’arrivée des Talibans et la chute inattendue de la ville de Kaboul ainsi que d’autres grandes villes qui ont, elles aussi, fini par tomber.

Avec leur défaite et le retour des Talibans au pouvoir en Afghanistan, les Etats-Unis tentent de minimiser l’impact du désastre et de leur humiliation en affirmant que, cette fois-ci, les Talibans « bis » ne sont pas les mêmes qu’avant 2001, et qu’ils ne vont pas soutenir le terrorisme ni bafouer les droits de l’Homme.

Néanmoins, depuis la chute des grandes villes tombées à la suite de la capitale, les femmes, faisant preuve d’un courage extraordinaire, n’ont pas cessé de manifester à Kaboul, à Herat, à Mazar-e-Sharif, à Dykundi et à Ghazni. Elles veulent travailler pour subvenir aux besoins de leurs familles ; elles veulent attirer l’attention de la scène internationale sur les violences perpétrées par les Talibans. Elles se mobilisent pour protester contre le silence sur le blocus des établissements d’enseignement pour les filles et l’interdiction pour les femmes de travailler dans des secteurs autres que ceux de la santé. Elles affirment que la communauté internationale, les Nations Unies et les organisations de défense des droits de l’Homme ont jusqu’à présent « ignoré » la répression des Talibans contre les femmes. Et les manifestantes de scander : « Le droit à l’éducation et le droit au travail sont des droits fondamentaux pour les femmes » et d’ajouter que l’indifférence aux actions des Talibans est « honteuse ».

Dans les rues, elles sont rouées de coups par les Talibans, mais elles n’abandonnent pas. Ces contestations et ces revendications sont aussi une belle expression du changement générationnel de ces vingt dernières années !

Dès 2011, les Mardis de l’ESSEC ont tenu à organiser un événement sur ce sujet avec une conférence dont le thème était « Afghanistan, dix ans après ». Dix femmes nouvellement élues au parlement d’Afghanistan étaient invitées à participer à un programme d’une semaine à Paris et avaient alors été reçues aux Mardis. Et encore en juin 2019 pour seize femmes leaders Afghanes, à l’approche de l’élection présidentielle et des négociations avec les Talibans. Pendant ce deuxième volet, étant donné leur contribution dans la gouvernance du pays et l’importance de leur présence dans les négociations avec les Talibans, les Mardis les avaient interrogées sur le thème : « Où sont les femmes ? ».

Aujourd’hui, en 2021, la société civile afghane est plus éclatée que jamais et les femmes qui étaient présentes aux Mardis sont traumatisées, dispersées sur une dizaine de pays, vivant dans des conditions indignes, dans une situation psychologique éprouvante.

Où sont maintenant ces femmes qui se sont battues pour leur avenir ? Que sont-elles devenues ? Comment expliquer ce changement drastique en si peu de temps ?

Fahimeh Robiolle, chargée de cours à l’ESSEC, qui est restée en contact avec elles et a essayé d’aider l’évacuation de certaines d’entre-elles nous a permis de retourner à leur rencontre et d’échanger à nouveau avec elles, avec cette fois-ci pour toile de fond un contexte bien différent.

Dr Farida Momand était la première présentatrice et réalisatrice des programmes « Les femmes et la société » et « Santé pour tous » à la station de radio provinciale de Takhar. Elle est la première femme à être nommée ministre de l’Enseignement supérieur. Femme politique et défenseur des droits des femmes et des enfants, elle a aussi été candidate au poste de premier vice-président lors de l’élection présidentielle de 2019.

Zainab Saleem est cofondatrice de l’ONG Women’s Peace and Participation Organization. Elle travaille actuellement en tant qu’associée exécutive et assistante pour l’Etat de droit au Bureau du représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Plus tôt dans sa carrière, Zainab Saleem a organisé diverses formations sur la gestion du temps, la défense, les droits des femmes, les droits de l’Homme avec l’Oruj Learning Center, l’Institut de leadership des femmes afghanes ou encore l’Afghan Women’s’s Advocacy Team à Kaboul, en Afghanistan.

Wazhma Salimi, ancienne vice-ministre de la santé, était responsable de l’ensemble des programmes de santé, de la gestion des fonds, des ressources humaines et des questions administratives du ministère. Elle a participé à la réalisation de plusieurs grands projets sanitaires, notamment pour lutter contre la pandémie de Covid-19, ou en faveur de la réduction de la demande de drogues. Wazhma Salimi a également joué un rôle clé dans l’application de la politique d’autonomie des hôpitaux.

 

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