FLORENCE PARLY
MINISTRE DES ARMÉES
15 DECEMBRE 2020
Présentation : Félix Dumas et Victor Ramzi
Interview : Mathilde Bernard et Marie Triau
Alors qu’Emmanuel Macron rappelait encore il y a peu que, face à la Chine, la réponse devait être européenne, l’Allemagne, elle, joue cavalier seul, soucieuse de conserver ce précieux marché de machines-outils. Dévorée par sa peur du déclassement mais rattrapée par le désintérêt de ses alliés pour une coopération plus étroite, la France peine à se faire entendre et multiplie à cet effet les pas en avant, au risque d’y perdre son identité stratégique.
La voilà donc cantonnée à ce qu’elle fait de mieux comme de pire : la vente d’armes à l’étranger. Le gouvernement n’a de cesse de réaffirmer la compétitivité des entreprises françaises d’armement, rappelant à qui veut l’entendre qu’ici et là, nos Rafales se vendent à prix coûtants. Leur popularité semble d’ailleurs symptomatique du nouveau rôle de la France dans le monde : moins destinée à intervenir militairement comme diplomatiquement, elle devient une industrie d’armement à ciel ouvert. Pendant ce temps, dans l’Hexagone, il est question d’un nouveau fonds d’investissement qui vise à favoriser l’émergence d’innovations potentiellement stratégiques. Alors que le virus du tout économique atteint même la stratégie militaire française, le Ministère des Armées n’est-il plus qu’une antenne de Bercy ?
Fort du contexte international propice au développement des souverainetés nationales, Emmanuel Macron entend renouer avec l’héritage gaullien. A l’aide de phrases chocs relayées par les médias, il nourrit avec perfection l’illusion d’une stratégie militaire et diplomatique française, indépendante et bien ficelée. Du moins, jusqu’au récent changement de locataire à la Maison Blanche. Ce semblant d’indépendance stratégique ne sera-t-il qu’une simple parenthèse balayée d’un revers de main par la reconstitution de l’habituelle gouvernance mondiale ?
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