FRANCK RIESTER
MINISTRE DELEGUE EN CHARGE DU COMMERCE EXTERIEUR ET DE L’ATTRACTIVITE
ANCIEN MINISTRE DE LA CULTURE
1ER FEVRIER 2022
Présentation : Constantin ORY-LAVOLEE et Léonore ZIZ
Interview : Benjamin CUNINGHAM et Matthieu GOURGUE
« Mon vocabulaire est celui du corps, ma grammaire celle de la danse et mon papier est un tapis de scène », Maurice Béjart (chorégraphe français). Le 24 décembre 2019, 27 silhouettes blanches dansent leur colère, accompagnées par Tchaïkovski. Leur grammaire ? Le quatrième tableau du Lac des Cygnes. Leur papier ? Le parvis de l’opéra de Garnier. En ce jour de Noël, l’heure n’est pas à la célébration pour les étoiles de l’Opéra qui voient leur ciel s’embrumer. Pendant plusieurs heures, leurs pointes gravent dans le marbre parisien leurs revendications, leur révolte, leur sentiment d’abandon. Elles signent le divorce de Jupiter et d’Apollon, du gouvernement et de la culture, deux entités qui semblent désormais irréconciliables. Le sujet de leurs dissensions ? La réforme des retraites et des régimes spéciaux, les coupes budgétaires. Des milliers d’artistes à bout de souffle chantent leur désarroi, pleurent leur désenchantement. Un personnage manque au tableau, un chorégraphe qui a failli à sa tâche, que tous pointent du doigt : le ministre de la Culture. La culture, celle que l’on nomme aussi la grande oubliée du gouvernement depuis le début de la crise sanitaire. Cette seconde crise témoigne une fois encore de fausses notes et dissonances qui battent la mesure entre les professionnels de la culture et le gouvernement, trop souvent muré dans le silence. A l’heure où le secteur culturel souffre toujours des tensions de ces dernières années, nous sommes en droit de nous demander quel est l’avenir envisagé par le gouvernement français. S’agit-il de laisser la culture, celle-là même qui a tant fait rayonner la France autour du monde, dépérir ou au contraire sommes-nous capables de prendre enfin le parti de sa protection, de la rétablir comme pratique essentielle au cœur de notre société ?